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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 22:52

 

La soixantaine atteinte, mon expérience de la vie est suffisamment éprouvée pour que je puisse porter aujourd’hui un jugement de valeur sur certains domaines qui concernent la vie des hommes et des mœurs qui l’animent.

L’un des domaines qui nous affectent de près est celui de l’institution matrimoniale telle que l’anthropologie, la tradition ancestrale ou la société humaine pré ou post-moderne l’ont construite, instituée, modifiée nous l’imposant plus ou moins comme une valeur normative.

 

Or, après en avoir reçu l’enseignement, y compris religieux, via la famille, l’éducation, l’exemple à travers la société, puis l’avoir intégré comme modèle de vie, l’avoir vécu ensuite, je dois avouer que le lien de conjugalité est l’un des plus pesants et des plus inhumains, des plus antinaturels que l’homme ait pu s’imposer pour se compliquer l’existence, déjà complexe en elle-même ! L’homme est un et indivisible de par essence et vouloir affirmer qu’homme et femme ne font plus qu’un seul corps, qu’une seule chair, est pour moi un pur concept mental : une abstraction de l’esprit. Bref, une utopie.

 

Homme et femme, unis par le lien conjugal ou associés dans tel ou tel projet commun ne peuvent se soustraire à leur condition d’origine, à savoir qu’ils restent chacun des individus à part entière et qui plus est de nature, de psychologie et de morphologie très différentes. L’homme et la femme sont donc chacun libres et égaux dans leur essence et pensées profondes et voilà qu’ils deviennent physiquement dépendants. Or l’union n’est  pas la fusion.

 

Le mariage est un mode de vie sociale mais ne doit pas instituer un état de dépendance entre deux personnes du même ordre que celui de la dépendance d’un enfant vis-à-vis de ses parents. En instituant des droits et obligations dans l’institution du mariage, on crée un état de dépendance entre deux personnes libres, qui plus est à vie, ce qui pose les fondements de conflits futurs entre personnes ne justifiant pas cet héritage.

 

Le lien conjugal résulte d’un ordre des choses que l’on pense avoir reçu de la logique de la nature et de la création mais qui va cependant à contre courant de l’expression et du besoin de cet esprit de liberté et d’autonomie que tout individu porte aussi naturellement en lui depuis sa naissance.

Vouloir conjuguer selon un modèle binaire cette expression constitue le paradoxe qui caractérise notre condition humaine sexuée et la marque inéluctablement de tous les stigmates et contradictions qui se font encore plus pressants et manifestes à notre époque ouverte et plurielle.

 

L’homme n’est pas fait pour s’enfermer dans un cadre de contraintes qui nuisent à son épanouissement personnel ou pour devenir l’objet ou le sujet d’autrui. On n’appartient qu’à Dieu, on ne peut pas appartenir à une autre personne sans que cela ne devienne de la possession, ce qui est mal en soi. Or la nature sexuée et l’instinct de vie nous poussent, dès qu’on atteint l’âge adulte et mur, à rechercher un modèle conjugal de vie, lequel modèle posera tôt ou tard de nombreux problèmes de conscience tandis qu’on en fait l’expérience dans son vécu, au quotidien. Si ce n’est pas le cas, c’est alors que l’on s’y est résigné et que ses interrogations seront toujours repoussées dans un combat intérieur qui, soit nous contraindra à vivre cet état par raison ou, au nom de sa foi ou de ses croyances, soit provoquera en nous une révolte contre une condition que l’on se sera imposée, même en y ayant librement consenti, pensant qu’elle était la norme. 

Or cette condition de changement de mode de vie, du passage du célibat au mariage, n’est ni normale, ni anormale, mais choisie et avalisée pour raison normative (tradition) ou sociétale (civilisation, modèle de société), comme étant inscrite naturellement dans le code de la vie et de la généalogie.

 

Avoir accepté ce modèle comme étant un bien transmis et acquis depuis x générations sans interrogation sur ses fondements, son bien fondé, et surtout sur ses contraintes déstabilisantes pour l’individu, sans  remettre en question l’ensemble, me plonge aujourd’hui dans une suite de problèmes d’ordres psychologique et existentiel sans fin, sans que je puisse pour autant trouver de réponse satisfaisante dans la constance ou dans la rupture d’un lien fictif et rigide, crée par l’homme lui-même, pour un soi-disant mieux-être personnel. C’est cette vérité qui est difficile à comprendre, car arrimer toute sa vie à celle d’une autre personne, qui plus est de sexe différent, c’est aussi quelque part dévaloriser sa propre vie.

 

Aujourd’hui plus que jamais, je porte sur la valeur du lien conjugal un jugement mitigé. On ne peut s’imposer de contraintes que sur une période de durée définie et non pas « in Eternam» : c’est absurde ! Quand bien même on se l’imposerait par principe familial ou religieux, le fait est que l’intensité du lien ne correspondrait plus à celle du lien initial mais aurait subi une transformation inéluctable avec la pratique et le temps. Ce peut être pour le mieux, certes, mais rien ne le garantit. Or rester vrai face à soi-même est l’une des conditions de base de la dignité de l’homme.

 

Pour ces raisons, je ne reconnais plus la valeur inculquée par ma famille du lien du mariage et le statut qui lui est afférent et me dispense ou me soustrait aujourd’hui volontairement à ses obligations dérivées, lesquelles entravent ma liberté d’agir, peut-être, mais non celle de penser autrement. Car telle est ma seule vraie liberté : celle qui me permet encore de me considérer comme non marié, sans avoir à passer devant un juge ! Pour la société, je le reste, oui, mais dans mon fort intérieur, je ne le suis plus. Aucune loi ne réussira à me faire penser le contraire.

 

Certes, vivre en adéquation avec cette croyance personnelle n’est possible qu’en se désintéressant totalement des aspects matériels qu’un contrat de mariage induit, prêt à abandonner tous ses biens à l’autre, s’il le faut, dans le seul objectif de préserver le principe de fond. Oui le mariage est un état qui use et qui peut épuiser les conjoints.

 

Le mariage n’est rien d’autre qu’une aventure humaine, heureuse ou malheureuse.

 

   Christian

16 Mars 2008

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Published by christian Bernadou - dans famille
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